11.11.2008

Quatre caporaux de Souain: l'impossible oubli

Quatre caporaux de Souain: l'impossible oubli

Sur ce document tiré de « Fusillés pour l'exemple » (éditions Alan Sutton), les quatre caporaux de Souain. De gauche à droite Louis Lefoulon, Théophile Maupas, Lucien Lechat, Louis Girard.

Sur ce document tiré de « Fusillés pour l'exemple » (éditions Alan Sutton), les quatre caporaux de Souain. De gauche à droite Louis Lefoulon, Théophile Maupas, Lucien Lechat, Louis Girard.Quatre poilus (trois Normands, un Breton), fusillés pour l'exemple en 1915, ont été réhabilités en1934.
Un épisode édifiant de la Grande Guerre.Lefoulon, Maupas, Lechat, Girard....Comment ne pas se souvenir, en ce jour du 90e anniversaire de l'Armistice, de ces quatre caporaux dont la tragique et commune destinée souligne l'aspect cruel et injuste d'une guerre impitoyable.

9 mars 1915, à Souain (Marne). Le 6e bataillon du 336e régiment d'infanterie de Saint-Lô doit partir une nouvelle fois à l'assaut du Moulin de Souain tandis qu'une pluie d'obus allemands s'abat sur les lignes françaises. La 21e compagnie de ce bataillon ne sort pas de la tranchée. Hébétés de fatigue, les soldats ne peuvent plus « entendre » un ordre d'attaquer dont tout le monde d'ailleurs n'a pas eu connaissance.

Fureur du commandement qui porte plainte pour « refus d'obéissance ». Il veut faire un « exemple » à un moment crucial de la guerre. 24 hommes (dont 14 de la Manche, 5 d'Ille-et-Vilaine et un du Calvados) de la 21e compagnie sont « désignés » pour passer en conseil de guerre.

Celui-ci a lieu le 16 mars à Suippes. 20 hommes sont relaxés car on a pu prouver que l'ordre d'attaquer ne leur avait pas été transmis. Mais quatre caporaux sont condamnés à mort à l'unanimité pour « refus d'obéissance en présence de l'ennemi ». Ne pouvant bénéficier ni de sursis, ni de recours, ni de droit de grâce, l'exécution a lieu le lendemain, 17 mars, à 13 h, à Chalons-sur-Marne.

Un film de Kubrick

C'est ainsi que tombent sous les balles françaises Théophile Maupas, né à Montgardon (Manche), 41 ans, instituteur, père de deux enfants ; Lucien Lechat, né au Ferré (Ille-et-Vilaine), 24 ans, garçon de café ; Louis Girard, né à Blainville-sur-Mer (Manche), 29 ans, un enfant, horloger ; Louis Lefoulon, né à Condé-sur-Vire (Manche), 31 ans, un enfant, profession non connue.

Après la guerre, Blanche Maupas, veuve de Théophile, institutrice, assistée de la Ligue des Droits de l'homme, de comités Lechat et Maupas, accumule les témoignages dénonçant « l'injustice ». Un livre est publié. Plusieurs pourvois en révision du jugement du 16 mars 1915 sont cependant rejetés.

Mais en 1934, une Cour spéciale de justice, instaurée par le législateur en 1928 pour juger les sentences des conseils de guerre, annule la sentence du conseil de guerre et réhabilite les caporaux.

Selon la Cour, l'ordre donné le 9 mars 1915 « était irréalisable ». Le sacrifice demandé ce jour-là « dépassait les limites des forces » d'hommes qui « dans le civil avaient eu une conduite irréprochable » et qui, depuis le début de la guerre, « avaient prouvé leur vaillance devant l'ennemi ».

Depuis 1925, un monument dédié aux « Caporaux de Souain » honore leur mémoire dans le cimetière de Sartilly. Cette histoire a en partie inspiré le film de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire, réalisé en 1957. Plus récemment, des écoles, des rues, des places ont pris le nom de Maupas.

90 ans après l'Armistice, les quatre caporaux ne sont pas oubliés. Et c'est leur plus grande victoire.

Éric CHOPIN.

Pratique.

A lire sur cette affaire, Fusillés pour l'exemple de Jacqueline Laisné. Editions Alan Sutton. 128 pages.19€.

A lire également le numéro exceptionnel d'Ouest-France:  L'Ouest dans la Grande Guerre (126 pages, 6€).

site "Ouest-France"

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