10.04.2008

Manche Nature : « Nous voulons aider les maires »

Marcel Jacquot, secrétaire de l'association Manche Nature
Marcel Jacquot, secrétaire de l'association Manche Nature

Manche Nature : « Nous voulons aider les maires »

Naturalistes procéduriers ? Pas seulement. L'association veut conseiller les élus en amont des projets. Son secrétaire Marcel Jacquot s'explique.

Les dunes de Bréville, la zone conchylicole de Gouville, la route Coutances-Bréhal... Vos batailles juridiques sont nombreuses. Quels sont les autres dossiers en cours dans le Pays granvillais ?

Il y en a plusieurs : les déchets ménagers déversés dans les chemins de Saint-Michel-des-Loups, les terrains de l'ancienne usine Soferti... Nous attaquons également les Plans locaux d'urbanisme de Granville et de Donville-les-Bains.

Sur quelles bases juridiques ?

Parce que les deux équipes municipales ont adopté des documents ne respectant pas la loi Littoral qui impose la préservation des espèces. A Granville, il y a quand même quatre zones de protection environnementales : une zone Ramsar pour les zones humides, une zone internationale communautaire pour les oiseaux (Zico) et deux zones naturelles d'intérêts floristique et faunistique (Znieff) qui partent de la Roche-Gauthier à Jullouville. Nous avons d'ailleurs profité de la grande marée de lundi pour effectuer des prélèvements. En quelques heures, trois scientifiques de Manche nature ont observé et répertorié sur l'estran une soixantaine d'espèces marines.

Attaquerez-vous le projet portuaire du conseil général ?

Pour le moment, nous attaquons le PLU. Manche nature n'a pas encore discuté au sein de son bureau d'une éventuelle action contre le projet portuaire.

Un projet immobilier ou la construction d'une route doivent-ils à chaque fois être remis en cause pour des raisons environnementales ?

Un projet qui tient debout doit respecter les lois votées pour tous les Français. Si les lois étaient respectées, nous n'aurions même pas vocation à exister !

Mais l'économie et l'emploi ne sont-ils pas aussi importants ? Entre sauver la mare d'une colonie de grenouilles et le développement d'une zone d'activités, vous ne doutez pas ?

Non, nous n'aurons pas d'hésitations. La science est là, une espèce fragile est là. Protéger la nature, c'est protéger la biodiversité qui est mise à mal. C'est aussi protéger notre propre espèce.

Vous proposez donc aujourd'hui de venir en aide aux élus pour les accompagner en amont des projets ?

Oui, pour toute collectivité qui le souhaite. Nous sommes en mesure d'informer, de donner gracieusement des conseils juridiques pour résoudre des problèmes de conflits, permettre à l'élu de s'y retrouver dans la réglementation relative à l'environnement en général. C'est une mission qui est d'ailleurs inscrite dans le cahier des charges remis au conseil régional : la Basse-Normandie nous aide à travers une subvention de 33 000 € sur quatre ans, dans le cadre des emplois tremplins. Ainsi, nous salarions en CDI Delphine Chevret, notre juriste. Nous travaillerons avec la direction régionale de l'environnement pour proposer des formations juridiques aux commissaires enquêteurs. Nous adresserons prochainement un courrier au président des maires de la Manche pour l'en informer.

Une collectivité a-t-elle déjà demandé conseil à Manche Nature ?

Oui, la commune de Blainville-sur-Mer qui cherchait à protéger ses dunes de l'érosion. Nous leur avons suggéré des épis en bois pour retenir le sable, plutôt que des enrochements. Ils nous ont écoutés. C'est une première étape qui fait jurisprudence !

Recueilli

par Pascal SIMON.

Ouest-France

09.04.2008

Les dunes de Bréville bientôt Natura 2000

Les dunes de Bréville bientôt Natura 2000

Le Conseil d'État vient de trancher : le site de Bréville-sur-Mer pourra désormais être classé.Manche Nature gagne une nouvelle bataille.

Manche Nature vient d'obtenir gain de cause. Les dunes de Bréville-sur-Mer vont pouvoir être classées Natura 2000. Une grande victoire pour l'association. « Le préfet doit revenir sur sa décision, explique Marcel Jacquot, secrétaire de Manche Nature. C'est tout ce que nous voulions. Maintenant, il va devoir proposer les dunes au réseau européen de sites protégés. »

Une telle décision n'est pas sans enjeux. L'allongement de la piste de l'aérodrome pourrait être remis en cause, ainsi que toute nouvelle construction. « Le PLU de Donville prévoit de construire une route entre Donville et Bréville. Elle passerait entre les dunes et les carrières, or un échange de biodiversité existe entre les deux et nous ne souhaitons pas qu'il soit détruit. »

Dans le prolongement côtier, à Donville, l'institut de thalassothérapie Prévithal envisage de remplacer le bowling. « Nous ne sommes pas contre toute construction, ni contre tout aménagement », précise Marcel Jacquot. Il faudrait d'ailleurs proposer des sentiers touristiques. « Nous n'excluons rien mais il faut que tout se fasse dans les règles. »

Le Conseil d'État leur donne raison

Ce combat dure depuis des années. En 1994, l'association réussissait à stopper l'extension du golf de Bréville dans le massif dunaire. Cinq ans plus tard, c'était au tour du projet immobilier de 64 chalets d'être annulé. « Quand en 2003, le préfet a refusé de donner suite à notre demande d'inclure les dunes dans le classement Natura 2000, nous avons déposé un recours. » En décembre 2005, la Cour d'appel de Nantes leur donne raison. Puis dernièrement, le Conseil d'État.

« Il n'y a pas de raison que le site ne soit pas classé Natura 2000. Il est très riche en biodiversité et il faut protéger ces espaces naturels. » Manche Nature voudrait que le terrain revienne au conservatoire du littoral à Caen et soit géré par le Symel (syndicat mixte des espaces littoraux). « Nous espérons obtenir le label d'ici deux ans. »

Ingrid BRUNSCHWIG.

Ouest-France